La chanson du Mal- aimé
Chanson - Victor HUGO
Une allée du
Luxembourg - Gérard de Nerval
Le dormeur du val - Arthur RIMBAUD
La terre est
bleue - Paul ELUARD
Paysages et poèmes par erreur -
Sylvie Goutte Baron
Chanson
d'automne - Paul VERLAINE
Harmonie du soir
- Charles BAUDELAIRE
Le poète et la foule -
Théophile GAUTIER
Le cancre - Jacques PRÉVERT
Spleen - Charles
BAUDELAIRE
Le pont Mirabeau
- APOLLINAIRE
La chanson
du Mal-aimé -
APOLLINAIRE
Guillaume apollinaire (1880-1918)
La
chanson du Mal-aimé (Extrait)
à Paul
Léautaud
Et je
chantais cette romance
En 1903
sans savoir
Que mon
amour à la semblance
Du beau
Phénix s'il meurt un soir
Le matin
voit sa renaissance.
Et je
chantais cette romance
En 1903
sans savoir
Que mon
amour à la semblance
Du beau
Phénix s'il meurt un soir
Le matin
voit sa renaissance.
Un soir
de demi-brume à Londres
Un voyou
qui ressemblait à
Mon amour
vint à ma rencontre
Et le
regard qu'il me jeta
Me fit
baisser les yeux de honte
Je suivis
ce mauvais garçon
Qui
sifflotait mains dans les poches
Nous
semblions entre les maisons
Onde
ouverte de la Mer Rouge
Lui les
Hébreux moi Pharaon
Oue
tombent ces vagues de briques
Si tu ne
fus pas bien aimée
Je suis
le souverain d'Égypte
Sa
soeur-épouse son armée
Si tu
n'es pas l'amour unique
Au
tournant d'une rue brûlant
De tous
les feux de ses façades
Plaies du
brouillard sanguinolent
Où se
lamentaient les façades
Une femme
lui ressemblant
C'était
son regard d'inhumaine
La
cicatrice à son cou nu
Sortit
saoule d'une taverne
Au moment
où je reconnus
La
fausseté de l'amour même
Lorsqu'il
fut de retour enfin
Dans sa
patrie le sage Ulysse
Son vieux
chien de lui se souvint
Près d'un
tapis de haute lisse
Sa femme
attendait qu'il revînt
L'époux
royal de Sacontale
Las de
vaincre se réjouit
Quand il
la retrouva plus pâle
D'attente
et d'amour yeux pâlis
Caressant
sa gazelle mâle
J'ai
pensé à ces rois heureux
Lorsque
le faux amour et celle
Dont je
suis encore amoureux
Heurtant
leurs ombres infidèles
Me
rendirent si malheureux
Regrets
sur quoi l'enfer se fonde
Qu'un
ciel d'oubli s'ouvre à mes voeux
Pour son
baiser les rois du monde
Seraient
morts les pauvres fameux
Pour elle
eussent vendu leur ombre
J'ai
hiverné dans mon passé
Revienne
le soleil de Pâques
Pour
chauffer un coeur plus glacé
Que les
quarante de Sébaste
Moins que
ma vie martyrisés
Mon beau
navire ô ma mémoire
Avons-nous assez navigué
Dans une
onde mauvaise à boire
Avons-nous assez divagué
De la
belle aube au triste soir
Adieu
faux amour confondu
Avec la
femme qui s'éloigne
Avec
celle que j'ai perdue
L'année
dernière en Allemagne
Et que je
ne reverrai plus
Voie
lactée ô soeur lumineuse
Des
blancs ruisseaux de Chanaan
Et des
corps blancs des amoureuses
Nageurs
morts suivrons-nous d'ahan
Ton cours
vers d'autres nébuleuses
Je me
souviens d'une autre année
C'était
l'aube d'un jour d'avril
J'ai
chanté ma joie bien-aimée
Chanté
l'amour à voix virile
Au moment
d'amour de l'année