Une soirée bien tranquille

-          Au secours !!!!!

Paige traversa le jardin, fonça à travers la véranda, escalada le canapé du salon, monta les escaliers, courut le long du couloir et ouvrit violemment la porte de la chambre. Henry gisait, inconscient sur le tapis vénitien maculé de sang.

 

***

Quelques heures plus tôt…

-          Tu fais le ménage ?

-          Il le faut bien mon chéri, tu es un bordélique…

-          Eh, touché !

-          Et je veux absolument impressionner Piper et Phoebe : leur prouver que, comme elle, je peux être une parfaite petite femme d’intérieur. J’ai nettoyé toute la maison et j’ai même fait la cuisine.

-          N’en fais pas trop tout de même, je te signale que tu es enceinte.

-          Arrête un peu Henry, je suis enceinte, pas infirme. Deux mois, ça se voit à peine…

-          Désolé ma puce !

Un sourire amusé. Un baiser furtif. Un sourire langoureux. La sonnette qui retentit.

-          Oh non ! elles sont déjà là !!

-          Ne stresse pas Paige !

-          Je ne « stresse » pas, répondit-elle en imitant les guillemets avec ses doigts. Et enlève ce sourire de tes lèvres !

 

***

-          Salut petite sœur !!

-          Coucou mes grandes sœurs ! Je suis tellement contente que vous ayez pu vous libérer ce soir ! Je vais pouvoir vous faire visiter ma petite maison !!!

-          Whouaouhhhhhhh !!! Paige ! c’est superbe ! Salut Henry !

-          Bonsoir Phoebe ! Coop !!

Des bises et des mains se serrèrent, s’entrecroisèrent.

-          Venez ! Entrez ! Piper, Léo, entrez ! Ne restez pas dehors ! Mon perron n’est pas très confortable !!! Bonjour mes deux neveux préférés !! Wyatt ! Chris !

-          Tata Paize !!

-          Oh vous êtes des amours !!!!!!!

-          Henry ! prends les manteaux et mets les dans le salon s’il te plait. Venez les filles, je vais vous faire visiter. Les gars, vous n’avez qu’à vous installer dans le salon !

-          Oui chef !!

-          Très drôle bande d’imbéciles !!!!

Sur ce, les hommes restèrent en bas à discuter de foot et de voiture, et les trois sœurs montèrent à l’étage pour explorer les lieux.

-          Ta maison est splendide Paige, s’exclama Piper en sortant de la salle de bain. Vraiment, je suis épatée !

-          Merci Piper.

-          Je suis d’accord, c’est sublime cette déco ! s’empressa d’ajouter Phoebe

-          Merci ! Et ici c’est notre chambre.

-          Pfiou !!! Magnifique !!!

-          J’adore ce tapis !

-          Oui, c’est vrai. On l’a acheté par correspondance. C’est un tapis vénitien.

-          Impressionnant !!

-          Bon allez on redescend ! J’entends les garçons qui s’éclatent en bas ! Il faut que vous goûtiez mes petits fours !

Un festin digne des rois s’en suivit. Tout était parfait, des hors-d’œuvre jusqu’au gâteau dégoulinant de chocolat en passant par la blanquette de veau et le vin sirupeux (un pinot noir de 1890). Les convives passèrent au jardin où la conversation et le champagne coulèrent à flots. Les deux petits étaient couchés à l’étage et une douce brise d’été effleurait les visages enjoués.

 

***

Cette bonne humeur n’avait pas toujours été au rendez-vous. Rappelez-vous : les sœurs Halliwell venaient de se débarrasser de Christy, d’épargner la vie de Billy et de détruire la Triade. Tout était donc redevenu calme et paisible. Mais, malheureusement quelques mois plus tard, un autre démon fit son apparition : Godric. Ce n’était jusqu’à lors, qu’un démon parmi tant d’autres, proie facile pour les sœurs. Pourtant, il possédait un égo surdimensionné pour un démon de ce rang. Il se prenait pour un dieu démoniaque. La Triade hors d’état de nuire, il avait de ce fait le champ libre pour s’en prendre à nos trois sœurs préférées et surtout à leur progéniture. Il décida de s’emparer du Néant. (Je vous informe que le Néant n’est ni bon ni mauvais. C’est une entité magique neutre, très puissante et souvent incontrôlable. Celui ou celle qui s’en empare, acquiert d’immenses pouvoirs de destruction.) Comme vous devez sûrement vous en douter, Godric réussit à se procurer le Néant et, au passage, à enrôler quelques démons dans son armée.

Avant cela, il avait déjà affronté plusieurs fois les sœurs sans succès. Cela avait le don de le mettre hors de lui. Le Néant de son côté, il se préparait à les combattre de nouveau, plus déterminé que jamais à remporter la victoire et à la même occasion, à se venger de toutes les humiliations qu’elles lui avaient fait subir.

 

***

-          Il est hors de question que vous repartiez après avoir bu. Je vais vous installer dans les chambres d’amis.

Paige se leva. Un cri déchira la nuit : « Au secours ! ». Ni une, ni deux, elle avait parcouru le chemin entre le jardin et la chambre en un temps record. Arrivée à la porte de sa chambre à coucher, elle vit avec effroi son mari étalé sur le tapis vénitien, deux bouteilles de champagne à ses côtés. Ses sœurs, Léo, Coop, et même le petit Wyatt accompagné de son frère Chris apparurent dans l’encadrement de la porte. Godric, debout à côté d’Henry, riait. Il était vêtu d’une tunique noire et un bout de tissu cachait une partie de son visage crasseux, déformé par le délire. Il tenait un poignard plein de sang dans sa main cramoisie. Paige poussa un gémissement d’horreur. Godric la regarda de ses yeux vitreux et lui sourit de toutes ses dents, fier de ce qu’il avait fait subir à la jeune sorcière.

Larmes, cris, tout se passa si vite… Une bataille acharnée s’engagea entre le démon et les Halliwell : il fallait à tout prix sauver Henry et désintégrer ce foutu démon sans scrupule. Des boules de feu jaillirent de toutes les mains, des explosions fusèrent, des objets volèrent… puis… plus rien. De gros nuages cachaient la scène (âmes sensibles s’abstenir). Le sang. Les corps. Tout était sans dessus dessous. Paige, penchée sur Henry, pleurait toutes les larmes de son corps. Piper emmenait ses deux fils loin des décombres. Je ne sais si je dois décrire la scène davantage. C’est si horrible, si sanglant !! Tout ce que je peux vous dire c’est que tout les Halliwell étaient sains et saufs à part Henry et quelques blessures superficielles sur les corps des sœurs, de Léo ainsi que de Coop. Mais… où est passé le démon ?

J’aimerais tant prévenir mes sœurs du danger qui les guettent. Mais je ne peux le faire. Je ne suis qu’un fantôme, une âme incapable de communiquer avec les vivants.

 

***

Pour le moment, tout est redevenu calme : Godric disparu, la petite famille emmenait le pauvre Henry à l’hôpital. Le médecin fut très étonné du nombre de blessure qu’Henry avait supporté. Il était pourtant bel et bien en vie ! Mais pour combien de temps ?? 

Paige, inconsolable, fut pourtant la première à quitter la chambre de son mari pour éliminer de la surface de la Terre ce démon sans foi ni loi qui s’était permis de gâcher la fête si parfaite qu’elle avait concoctée avec tant de soin.

Je vois la rage dans ses yeux à présent sécher de larmes. Une aura puissante, destructrice, l’entourait. Je ne puis m’expliquer ce phénomène. Une chose était sûr : cela n’envisageait rien de bon… mais pour quel camp ??